"Être et Avoir" fut un film très joliment réalisé sur une petite classe où les enfants étaient tous égaux auprès du maître et qui a fini par une grotesque polémique d'argent, qui lui a enlevé tout son charme. Des auxiliaires si utiles, si innocents, si primaires, qu'on apprend en début de cp. J'ai, tu as… je suis, nous sommes… Comme ça, on a une idée de la complexité de la conjugaison française. Après, on apprend à moins les utiliser pour avoir acquérir un style plus complexe, plus léger, plus littéraire… Cela veut pourtant bien dire ce que ça veut dire. Avoir. Toujours plus. Ou toujours moins. Et n'être plus rien.

2012-09-05pauvreteL'opposition des uns et des autres dans l'Europe actuelle. La Grèce, l'Espagne, l'Italie font l'amère expérience du "ne plus avoir" et du coup "ne plus être". Par exemple la Grèce à lire ici.  On a l'impression que pour ces gens qui ont tout perdu et ici, en Europe, et aux Etats-Unis, à cause des fonds de pensions, de l'euro, des subprimes ou autres, on ne peut plus rien ; mais que vont-ils faire ? Se suicider pour laisser leur place ? Les dirigeants politiques ou des banques sont-ils devenus fous ? L'accélération est exponentielle. Qui arrêtera ça ? L'argent est donc le souverain suprême.

La France y arrive tout doucement. A moins que le gouvernement ne réagisse. Mais on sent bien que derrière les promesses se cachent des réalités que plus personne ; à part des gens comme Standard and Poor's (rien que ce nom est un comble), ou Goldman sachs ; personne n'y peut rien. Les pauvres sont de plus en plus nombreux. Mais il ne s'agit pas que de chômeurs. Les travailleurs au smic et à temps partiel, on n'en parle pas ou peu. Ceux qui sont seuls au foyer à nourrir les enfants et payer les factures ne font pas face. Et souvent travaillent dur. Pour 1110 euros net par mois. Dehors, physiquement, ou sur des machines à manipuler. Un loyer de 500 ou 600 euros, quelques courses et hop il n'y a plus rien. Mais tous ces gens qui n'ont pas d'argent, qui ne trouvent pas de boulot, qui n'ont pas de maison ou insalubre, avec propriétaire radin ou cynique, il y en a plein les rues. Et ce sont les nantis qui gouvernent et qui, je crois, ne comprennent rien à la vie rude des ordinaires. Consommez consommez !! Oui mais avec quoi ? Comment ? Et puis par les temps qui courent, consommer différemment nous vient de plus en plus en tête. Consommer moins, acheter de l'occasion, échanger des choses, revendre dans les vide-greniers ou créer avec des matériaux de récup', etc.

Quand on en a, on n'a plus notion de ce qu'est réellement un salaire normal, qui plafonne chez nous en moyenne à 1400 ou 1500 euros. Des gens qui en vingt-cinq ou trente ans de service n'auront pas dépassé ce sas de 1500 euros. Qui auhara-kiri-hebdo-bate-etront perdu leur treizième mois parce que l'entreprise marche au ralenti, est un peu bancale. Des gens qui s'appauvrissent avec le temps au final. Alors on entend "il faut entreprendre !" Oui mais il faut en avoir envie, il faut accepter des fins de mois incertaines aussi, et cela revient au même… L'argent n'est pas chez nous petits employés, ouvriers même à 2000 euros par mois. L'argent n'est même plus chez les diplômés qui se plaignent d'être des stagiaires à long termes. De jeunes trentenaires qui ne peuvent pas entamer leur vie faute d'emploi digne de ce nom. Le président qui se disait normal, le sait-il tout ça ? On me répondra mais oui !! Il est au courant de la situation. Alors je propose un truc super : populiste peut-être mais je m'en fous. Il faudrait que nos hommes et femmes politiques l'un après l'autre, fassent comme Florence Aubenas (ils prennent bien des cours d'anti-sexisme!). Florence Aubenas, que j'admire pour son "Quai de Ouistream" qu'il faut absolument lire. Elle s'est improvisée femme de ménage et autre salariée précaire pendant presque un an et en a tiré un livre superbe (et une association pour défendre les droits des gens exploités avec qui elle a travaillé). Lisez-le vous comprendrez tout et serez d'accord. Nous sommes loin des lunettes à 12000, même si je vous l'accorde les gens peuvent faire ce qu'ils veulent avec leur argent et se réclamer de la gauche populaire. Mais je n'y crois qu'à moitié.